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PORTRAIT DE CREATRICE #2 – Janvier 2023

Suzanne, de Subo Ceramics

Peux-tu te présenter en quelques mots ?

Je m’appelle Suzanne Boureau, je suis graphiste freelance et également potière depuis 4 ans. Je travaille de chez moi à Bouliac et j’ai créé ma marque : Subo Ceramics. Le choix du nom de la marque est assez simple : c’est le SU de Suzanne, le BO de Boureau et Ceramics pour qu’on sache de quoi on parle !

Comment définirais-tu ton métier ?

Je suis graphiste et potière. Je préfère le terme « potière », dans la mesure où je conçois et fabrique des pots utilitaires (mugs, bols, assiettes, …). Et j’aime le côté simple du terme. Pour moi, un céramiste a une démarche plus artistique.

Qu’est-ce qui te plaît particulièrement dans ce métier ?

Ce qui m’a attirée, au départ, c’est le contact avec la terre, surtout au moment du tournage. Cette technique m’a fascinée ! Encore aujourd’hui, j’accorde une grande importance à la terre et sa provenance. Je travaille principalement la terre de Brach, une terre 100% naturelle que je vais chercher directement sur place, vers Lacanau. Je suis en train de tester une autre terre, du Périgord celle-ci.

Un autre aspect qui me plaît c’est de pouvoir faire de vrais objets. Jusqu’à présent, je faisais uniquement du graphisme, c’est très créatif mais cela reste finalement assez abstrait. Fabriquer des objets utiles est quelque chose de très important pour moi. Je ne veux pas faire des œuvres d’art. ça doit être mon côté « Arts Appliqués » qui ressort, j’aime quand il y a une commande et une finalité bien définies 😊

Comment en es-tu arrivée là ?

J’ai donc fait une école d’Arts Appliqués et je suis graphiste depuis 15 ans. Comme beaucoup, j’ai suivi ce cursus parce que j’aimais bien le dessin. Les années passant, j’ai eu envie d’un travail plus artisanal. Et j’ai recroisé la céramique par hasard, via un catalogue de formations professionnelles. Je me suis inscrite à une formation d’une semaine, pour voir, et ça a été un vrai déclic : mais oui, bien sûr, c’est ça que je recherche ! Je faisais de la céramique enfant et cette formation a réactivé l’envie.

Après cette semaine-là, j’ai continué à prendre des cours type « loisirs » pendant un an avec quelques formations pro d’une semaine par-ci par-là. C’était impossible pour moi de prendre un an pour faire un CAP, il fallait que ça reste compatible avec ma vie (les enfants, la maison, etc, …). Si on avait été 10 ans plus tôt, à Paris, je l’aurais fait mais ce n’était pas le cas et c’est peut-être aussi bien comme ça. Bref, cela s’est fait de façon très progressive.

J’ai ensuite eu la chance de rejoindre l’atelier de ma prof à St Michel. Cela m’a permis de passer un cap et de voir concrètement ce qu’était la vie dans un atelier. On apprend beaucoup en voyant les gens faire, en tournant régulièrement, … J’y suis restée jusqu’à ce que je me sente un peu à l’étroit : Il y avait un seul four pour 5 personnes, c’était trop limité en cas de grosses commande. Ça devenait un peu problématique.

J’ai donc déménagé l’atelier chez moi. C’était censé être temporaire mais j’y suis toujours, en attendant de trouver la perle…

Comment décrirais-tu ta journée-type ?

En général, sauf si j’ai une grosse demande de freelance, je consacre ma matinée à la poterie.

J’ai une organisation qui se déroule sur plusieurs jours : un jour je tourne, le second je tournasse. La poterie c’est une question de gestion du séchage. Pour le coup, l’avantage d’être à la maison, c’est que je peux le surveiller de façon précise et « en temps réel ».  

Je suis en train d’essayer de rationaliser mon catalogue pour gagner en productivité. Ça me permet de pouvoir travailler en faisant des séries d’une quarantaine de pièces. Cela évite d’accumuler plein de petites choses dans tous les sens. Et j’aime bien travailler en série. Par exemple, le mug, j’en ai tellement fait, que mes mains le font toutes seules. Il y a une mémoire du corps qui est assez étonnante !

Comment imagines-tu tes nouvelles créations ?

Je les dessine mais après les avoir fabriquées, une fois que la forme est stabilisée et que j’ai fait plusieurs séries test.

Cela se fait beaucoup à l’instinct : c’est un mélange entre quelque chose d’agréable à fabriquer et un design que j’ai en tête.

Je travaille aussi avec des pros et des marques : beaucoup de pièces sont nées de demande, que je fais évoluer et que je m’approprie.

D’une manière générale, j’aime bien les formes géométriques, très simples. Cet aspect du métier ressemble un peu au graphisme : l’enjeu est de trouver la proportion qui fait que, visuellement, ça va fonctionner. Cela tient à des détails : le mug un peu plus haut ou un peu plus étroit, je trouve que ça fonctionne moins bien. C’est une question de proportions, de lignes et de courbes.

Des difficultés dans ce métier ?

Oh oui, il y en a plein. On commence par quoi ?!

Déjà, il y a les difficultés liées à la discipline :

  • Les soucis techniques : une pièce qui casse ou se fend, un émaillage qui coule. C’est parfois frustrant mais ça permet aussi d’apprendre et de s’améliorer.
  • La répétition : Autant j’aime travailler en série, autant parfois j’avoue que c’est un peu fastidieux. Je me demande de temps en temps si, quand je vais augmenter mes ventes, tout ça va encore m’amuser.
  • La logistique, avec le risque de casse, le nécessaire suremballage, la gestion des colis, etc… Ce n’est pas compliqué en soi mais c’est long !

Ensuite, il y a tout ce qui est lié à la création d’une entreprise : comment vendre, comment communiquer, comment ne pas se laisser « polluer » par la nécessité de vendre et communiquer…

Enfin, j’ai toujours mon activité de graphiste en parallèle, et ce n’est pas toujours évident de doser entre les 2 activités. C’est pour ça aussi que trouver un atelier hors de chez moi serait utile, ça aiderait à physiquement séparer les 2.

Je suis indépendante depuis 15 ans donc j’ai l’habitude des montagnes russes émotionnelles liées à l’entrepreneuriat mais il faut reconnaître que la solitude est parfois pesante. Quand on est seule toute la journée, ça n’aide pas à relativiser quand il y a quelque chose qui ne se déroule pas comme on voudrait.

Des conseils pour quelqu’un qui voudrait se lancer dans l’artisanat ?

Ohlala, qui suis-je pour conseiller quelqu’un ?! Il y a tellement de façons d’être céramiste que je n’ai pas vraiment de conseil.

Si je dois vraiment en trouver un, je dirai de trouver son univers, de ne pas trop se disperser. C’est cet univers qui fera qu’on le connaîtra, qu’on le reconnaîtra, qu’on l’associera à une pièce. Même si cela semble risqué, c’est ça, je pense, qui fait la différence et qui permet de se démarquer. C’est pour cela qu’il faut prendre le temps de se chercher un peu en amont.

Le fait d’avoir commencé à 35 ans, d’avoir fait des études d’arts appliquées pour devenir graphiste, ça m’a permis d’avoir une certaine maturité sur qui j’étais, ce que je voulais, sur la façon de communiquer que je voulais mettre en place. Je pense qu’une des choses qui m’a permis de me démarquer sur les réseaux sociaux par exemple, c’est la photo. Si on se lance sur Instagram, photo et contenu sont indispensables ! Mais Instagram n’est pas un passage obligé 😉

Un autre conseil, plus pragmatique, c’est d’avoir des prix, clairs et communiqués. Et garder en tête que ce n’est pas « que » de la poterie ou toute autre forme d’artisanat. C’est aussi, et peut-être surtout, une création d’entreprise, avec tout ce que cela implique.

Enfin, quels sont tes projets pour la suite et tes actus ?

Mon projet, je pense que c’est clair : trouver un local. J’ai peut-être une piste en cours… On croise les doigts ! Sinon, un atelier à Bouliac, ce serait le rêve ! Au moins rive droite…

Un grand merci à Suzanne pour cet échange ! Pour découvrir son univers tout en douceur et suivre ses actus, visitez son site Internet –  https://suboceramics.com/  – et suivez-là sur Instagram @suboceramics !

Crédits photos : Camille Pouget et Suzanne Boureau

Portrait chinois

Une saison : le printemps, la nature qui se réveille, planter des graines dans le potager, …

Une couleur : le bleu

Une pièce de la maison : la cuisine, parce que c’est LA pièce de vie

Une fleur : un Cosmos

Un objet : un mug, mais j’aurais pu dire mon ordinateur aussi vu le temps que je passe avec lui !

Une odeur : l’odeur de la forêt (et elle a même un nom : le petrichor !)

Une matière : le lin

Un lieu : la montagne, j’aime les grands espaces 😊