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PORTRAIT DE CREATRICE #11 – Avril 2023

Anne, aD Céramique

Peux-tu te présenter en quelques mots ?

Moi, c’est Anne Descot, j’ai 53 ans et je vis à Bordeaux avec mon homme. J’ai deux filles, de 24 et 17 ans, un chien et un chat !

Je suis céramiste depuis 1 an, au lancement d’aD Céramique. Le nom vient tout simplement de mes initiales qui, en plus, se travaillent bien graphiquement. Le D évoque un outil qu’on utilise beaucoup en céramique : une estèque.

La première année, j’ai pris le temps de travailler sur les recherches graphiques, le design de mes pièces, construire des produits et des collections. Je les ai testés en direct, via des marchés notamment. Cette année, c’est le temps de l’action, temps de développer l’activité en lançant mon e-shop et en construisant mon réseau de partenaires !

Comment définirais-tu ton métier ?

Je suis céramiste. Je dirais même que je suis designer céramiste. Au-delà du travail de la terre, que j’adore, la recherche de design me passionne aussi. Ce métier me permet d’engager ensemble mon corps et mon esprit.

Comment en es-tu arrivée là ?

Ma formation initiale est une formation de graphic design. J’ai fait mes études au début des années 90, il y avait encore peu d’ordinateurs et le travail manuel restait important. J’ai longtemps été freelance dans la déco, la typographie ou encore l’édition. J’appréciais la rigueur et le travail des lignes vers une esthétique sobriété.

J’ai été graphiste 20 ans mais je trouvais le milieu de la comm de plus en plus difficile et j’avais un niveau de frustration croissant. Et donc, à 40 ans, j’ai tout quitté pour reprendre des études et suis devenue orthophoniste ! J’ai passé 8 années passionnantes, au service des autres.

En parallèle de tout ça, j’ai toujours dessiné, je me suis nourrie artistiquement parlant. Et si je ne devais citer qu’un seul coup de cœur, ce serait le musée des Arts Premiers (musée du quai Branly) à Paris lorsque j’étais étudiante.

Bref, après 8 ans d’orthophonie, mes envies créatives sont revenues puissamment avec la rencontre avec la terre. Et ça a été un vrai coup de cœur ! Dès lors que j’ai eu les mains dans la terre, j’ai eu une sensation d’alignement que je n’avais plus éprouvée depuis longtemps. A la base une passion, la céramique est devenue une obsession ! J’ai donc fermé mon cabinet en 2021 pour me lancer dans cette activité. J’ai débuté au Studio Primitif à Bordeaux et j’y suis maintenant en résidence. Ce lieu est une véritable opportunité pour développer son activité tout en faisant des rencontres qui m’ont aidée à croire en ce projet et qui ont été de véritables soutiens !

Comment décrirais-tu ta journée-type ?

Alors, l’organisation me fait un peu défaut… Je travaille beaucoup à l’envie et au feeling. Mais j’ai pris des résolutions et, depuis cette année, il y a un jour / semaine où je ne vais pas à l’atelier. Je le consacre à l’admin, au site web, aux rendez-vous, … Et ensuite, je peux être 6 jours sur 7 à l’atelier !

Je suis souvent plus efficace en production le matin. Ça me permet de ne pas finir trop tard et de garder du temps pour me remettre à dessiner / travailler sur un autre aspect de la création.

Je ne souhaite m’imposer aucune contrainte, peut-être dû au fait que j’ai une grande expérience du freelance et possiblement à mon âge et donc mon expérience globale : je peux travailler à la commande si on ne sort pas de mon univers. Je ne prends pas de commandes hors de mon univers, même pour de grosses commandes. Le plaisir et l’envie doivent rester mon fil rouge.

Ce « zéro sensation de contrainte », c’est un aspect sur lequel je veux vraiment me préserver. C’est pour ça, aussi, que je prends le temps de choisir mes axes et canaux de développement et de distribution.

Comment imagines-tu tes nouvelles créations ?

Depuis mon enfance, j’ai toujours aimé les activités manuelles. Cela vient peut-être de mes arrière-grands-parents, chez qui je passais beaucoup de temps. Donc, disons que ce côté « inspiration », c’est en moi.

En plus, pendant mes études de graphiste, j’ai eu un prof qui nous faisait observer autour de nous, en mode radar, et chaque semaine, on devait raconter ce qui nous avait marqué. J’ai gardé ce réflexe, ce travail constant de la mémoire photographique.

Donc je me nourris de tout ce que je vois, je fais des photos de tout et de rien, je glane : dans la rue, à la mer, des expos, des livres, les arts premiers, tout cela revu avec mon style, mon goût de la mise en page hérité de mes années de graphiste, …

Des difficultés dans ce métier ?

Le côté entrepreneur… J’ai beaucoup travaillé en freelance, puis en libéral, donc j’ai déjà vécu ça mais c’est sûr que ce n’est pas la partie qui me plaît le plus !

Dans le travail en lui-même, il n’y a pas vraiment de tâche où je me dis « pff, j’aime moins ».

Qu’est-ce qui te plaît particulièrement dans ce métier ?

Il y a un rapport au temps qui m’a beaucoup apaisée. C’est la terre qui impose un temps de création qui lui est propre (temps de séchage, temps de cuisson). Dans notre société, le rapport au temps s’est un peu perdu et je l‘ai retrouvé grâce à cette activité. C’est devenu essentiel pour moi aujourd’hui. Il y a quelque chose de très apaisant, presque méditatif.

Toujours dans cet esprit de « terre maître », j’apprécie aussi le fait qu’elle peut être capricieuse. Ça impose une certaine abnégation et de faire preuve de résilience. La terre pourra toujours nous amener vers quelque chose de différent par rapport à ce qu’on avait prévu. La céramique est, en quelque sorte, une sorte d’éloge de l’imperfection, mais quelle belle imperfection !

Le contact, avoir les mains dans la terre, est bien évidemment aussi quelque chose qui me plaît beaucoup. C’est presque sensuel, très charnel, on revient à des sensations primaires.

Et enfin, c’est un support de créativité extraordinaire : on peut allier la céramique avec le dessin, l’art, la déco… Cela peut être très simple et utilitaire ou aller jusqu’à des pièces très graphiques et sculpturales. Les possibilités sont infinies !

Des conseils pour quelqu’un qui voudrait se lancer dans l’artisanat ?

La question est difficile car c’est encore une activité récente pour moi mais elle suscite aussi de gros engouements !

Je dirai que c’est très addictif : quand on commence, on a du mal à s’arrêter ! Et il faut surtout accepter qu’on n’obtienne pas ce qu’on veut tout de suite. Le travail au tour peut être très ingrat, il faut beaucoup de patience et de pratique.

Personnellement, ce qui m’a aidé et que je pourrais conseiller, c’est d’avoir été accompagnée par des professionnels de la céramique notamment au Studio Primitif et également sur l’aspect entrepreneuriat à la Chambre des Métiers et de l’Artisanat. D’une manière générale, il ne faut pas hésiter à se former, et avec différents intervenants, au-delà des formations académiques. C’est toujours très riche d’apprendre avec des profils variés !

Mon dernier conseil : j’en suis à ma 3ème vie et pour autant on en a qu’une. Quand on a la possibilité d’aller au bout de ses envies et de ses projets, il faut y aller. Je crois qu’on peut toujours rebondir !

Enfin, quels sont tes projets pour la suite et tes actus ?

Côté création, aujourd’hui, je suis à la recherche d’un atelier pour développer encore davantage mon activité. J’ai envie d’essayer encore plus de choses, de développer mes propres émaux et les plus naturels possibles.

Côté plus business, j’ai plusieurs projets !

Je suis en train de travailler une collection capsule avec une créatrice de bougies naturelles et artisanales : ce sera très inspiré du Japon, de l’univers Wabi Sabi, autour de la cérémonie du thé.

Je prépare également des vases pour un château de la région bordelaise.

Et je développe mon réseau de revendeurs : une très jolie boutique dans les Landes, La Belle Nine, … Sans oublier l’e-shop qui ne devrait plus tarder !

Pour découvrir l’univers d’Anne et suivre ses actus, visitez son site Internet –  https://www.annedescot.com/ – et suivez-là sur Instagram https://www.instagram.com/_ad_ceramique/!

Crédits photos : Anne Descot, Marine Le Berre, Poetico

Portrait chinois

Une saison : l’été

Une couleur : le blanc

Une pièce de la maison :  mon refuge, mon atelier

Une fleur : la pivoine

Un objet : un crayon

Une odeur : l’odeur du mimosa

Une matière : la terre

Un lieu : la maison de famille, en Touraine